Mis à jour le 20 mai 2018bandeau

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Séminaire

"La psychanalyse avec son envers"

Documents de travail

 

 

  • "Un infime glissement"
  • De quoi "Sujet" est-il le nom ?

 

SEMINAIRE « LA PSYCHANALYSE AVEC SON ENVERS »

"UN INFIME GLISSEMENT"
Sur le discours capitaliste

Daniel Weiss

- :- :- :- :- :- :- :- :-

 

1) De l’HUMA à la torsion capitaliste :
Ainsi que j’ai déjà eu l’occasion de le souligner à plusieurs reprises, si les psychanalystes veulent mener une réflexion quant au politique - et comment pourraient-ils faire l’économie d’une telle réflexion ? - ils doivent essayer d’en traiter avec les concepts qui sont les leurs et à partir de l’expérience dans laquelle ils sont impliqués es-qualité. Cela non tant pour prendre part au débat sur la scène publique, mais pour saisir ce qui est en jeu pour celles et ceux que nous recevons, quel que soit le cadre dans lequel nous exerçons. Cela demande un certain effort, un effectif travail de réflexion dans le champ qui est spécifiquement le nôtre. Faute de quoi on risque très vite de tomber dans ce qu’il m’est déjà arrivé d’appeler des généralités bien intentionnées, appréciation - on le reconnaitra - très bienveillante.


C’est évidemment à une telle préoccupation quant aux effets du politique, et en suivant la voie ouverte par le Freud du Malaise dans la civilisation ou de L’avenir d’une illusion, que répond le séminaire de Lacan L’envers de la psychanalyse. L’écriture des quatre modes de lien social, des quatre discours, ceux qu’on pourrait désigner par l’acronyme HUMA constitue un pas essentiel dans cette réflexion.


On peut noter à ce propos que ces discours n’ont pas existé (et n’existeront peut-être pas) de toute éternité. Même s’il y a sans doute eu de tous temps des tyrans, des hystériques, des hommes voués à recueillir les savoirs, et des interprètes de songes, ces discours ont commencé à avoir prise à un certain moment de l’histoire. Le discours du Maître naît dans la Grèce antique où il succède au discours mythique. Œdipe en est l’incarnation paradigmatique . C’est là aussi que prend son origine le discours hystérique dont Socrate est (pour Lacan) la figure emblématique, ainsi que le discours universitaire avec Platon et Aristote. Il a fallu attendre un moment pour qu’avec Freud apparaisse le quatrième discours mettant en lumière ce qui dans les trois autres était resté méconnu : la dimension de la jouissance.


 : Il serait sans doute plus rigoureux d’écrire MUAH en faisant tourner les discours dans le sens anti horaire, ou à la rigueur MHAU dans le sens horaire, mais HUMA sonne, on l’avouera, infiniment mieux.

 : Je vous renvoie à ce que nous évoquions lors de la séance du mois de mai et plus particulièrement au commentaire que fait Michel Foucault de la tragédie de Sophocle. Il n’utilise pas le vocabulaire de Lacan mais ce qu’il décrit répond tout à fait à ce que Lacan appelle la position du maître. Œdipe ne cherche pas à savoir, la seule chose qui l’intéresse c’est de préserver son pouvoir. C’est pour cette raison qu’il veut identifier l’assassin de Laïos. Tout cela est développé dans les leçons du collège de France (Leçons sur la volonté de savoir - suivi d’une conférence : le savoir d’Œdipe - Cours au collège de France 1970-71et Du gouvernement des vivants - Cours au collège de France 1979-80).

 

Télécharger la suite du texte

 

SEMINAIRE « LA PSYCHANALYSE AVEC SON ENVERS »


Document de travail
DE QUOI « SUJET » EST IL LE NOM ?


Daniel Weiss

-:- :- :- :- :-


I) Au cœur de l’inconscient, l’économie

La psychanalyse : une éthique du sujet ?
Dans le dernier texte que je vous ai fait parvenir je définis la psychanalyse comme d’une « éthique du sujet ». J’emprunte cette expression à Jean Clavreul, qui en fait usage à de nombreuses reprises. Une telle formulation pour parler de la psychanalyse a tout pour nous plaire. Elle « nous parle ». Raison de plus pour la faire parler afin d’essayer de limiter les nombreux malentendus dont elle est potentiellement porteuse ; les éviter serait, bien entendu impossible. Je ne vais pas m’attarder sur la circonspection avec laquelle il faut manier le terme « éthique ». Il a (avantageusement ?) remplacé celui de « morale » dans les propos des journalistes, des hommes politiques, des prêtres, et de nombreux psychanalystes (qui se prennent peut-être pour des prêtres), sans compter les multiples comités qui portent cette estampille. Je n’insiste pas non plus sur la façon dont le séminaire que Lacan consacre à l’éthique de la psychanalyse a pu donner lieu à toutes sortes de lectures « héroïques » du désir, et singulièrement du désir du psychanalyste sur lequel il conviendrait de ne pas céder. À ces lectures héroïques de la psychanalyse, je préfère pour ma part les lectures érotiques. Lacan aussi, semble-t-il, qui consacrera le séminaire qui suit L’éthique, au transfert et à l’amour, son ressort, considérant la psychanalyse comme une érotologie.


Donc circonspection quant à l’usage du mot « éthique ». Et tout autant quant au sujet, second terme du couple, qui risque lui aussi de donner lieu à toutes sortes de confusions et de malentendus. Il m’a donc semblé nécessaire de revenir sur ce concept de « sujet », et plus précisément sur celui de « sujet de l’inconscient ». Dira-t-on que c’est à Lacan que nous le devons ? Avançons plutôt que c’est lui qui le formalise. Comme pour d’autres inventions de son cru, il le lit chez Freud, alors même qu’il n’y a, chez ce dernier que quelques traces de ce fameux « sujet de l’inconscient », même si Lacan se plaît à le trouver au détour de tel paragraphe (par exemple quand il est question d’ « eine neue Subject »  « un nouveau sujet » dans Les pulsions et leurs destins. Il n’y en a que d’infimes traces, et pourtant rien de plus freudien que ce « sujet » qui est une des balises du retour consistant à privilégier ce qui, selon Lacan, s’avère freudien chez Freud.

Télécharger la suite du texte